Greenwashing : le vert est à la mode…

Date février 20, 2008

…pour le meilleur et pour le pire !

Alors que l’éco-responsabilité prend une importance considérable dans les préoccupations des sociétés occidentales, le vert devient un enjeu de communication essentiel.
Si certaines entreprises engagent des budgets réels pour changer de pratique, diminuer la pollution qu’elles dégagent, économiser l’énergie ou utiliser des matériaux recyclés (c’est le cas notamment des imprimeries, qui ont pris le virage du vert depuis quelques années, et le revendiquent désormais avec le label Imprim’Vert), d’autres préfèrent mettre ce même budget dans la communication… sans changer leurs pratiques.

C’est ce qu’on appelle le “greenwashing” : laver plus vert que vert l’image de l’entreprise ou du produit. En gros : plutôt que de se fatiguer à vouloir moins polluer, on continue comme avant, mais en affirmant le contraire !

Un exemple : Total et ses éoliennes

Total greenwashing équitable

Total a réalisé un magnifique exemple de greenwashing avec cette affiche qui laisse penser que la firme investit largement dans l’énergie éolienne.
Quid de l’engagement réel de Total dans l’éolien ? La réponse est rapide à fournir : en 2003, elle a installé 5 éoliennes, sur le site de la raffinerie des Flandres, à Mardyck (cf site Total).
Et après ça ? ben plus rien.

Changement de discours en octobre 2007, puisque forte de sa connaissance maintenant exemplaire du secteur éolien (5 éoliennes, pensez donc), Christophe de Margerie, nouveau PDG de Total, déclare qu’il ne croît pas à l’éolien et que Total ne développera pas ce secteur (source : Chaleur Terre)

Sur le site institutionnel Total, à la rubrique énergies renouvelables, étrangement ce changement de stratégie n’apparaît pas, et on pourrait presque penser que Total continue à investir dans l’éolien…

Petit rappel des recommandations du Bureau de Vérification de la Publicité concernant les arguments écologiques : “La publicité doit proscrire toute déclaration de nature à tromper directement ou indirectement le consommateur sur la réalité des avantages ou propriétés écologiques des produits, ainsi que sur la réalité des actions que l’annonceur conduit en faveur de l’environnement“. (source : BVP).

Un petit dernier “pour la route”

Pub peugeot fleurs

D’après les données de Peugeot, la 206 CC 1.6 HDI 110 BVM présentée dans cette publicité émet 129 g/km (elle n’est même pas dans la catégorie A, la “moins pire” !).
En France, la Loi du 30 décembre 1996 sur l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie (dite loi LAURE) introduit dans la législation le CO2 comme polluant.

Juste pour le plaisir, la recommandation du BVP : “Le choix des signes ou des termes utilisés dans la publicité, ainsi que des couleurs qui pourraient y être associées, ne doit pas suggérer des vertus écologiques que le produit ne posséderait pas”
(art. 2-12 des recommandations écologiques du BVP)

Pour aller plus loin…

Un excellent dossier a été réalisé par l’Alliance (association écologique) sur le sujet du greenwashing, et confronte les publicités aux recommandations du Bureau de Vérification de la Publicité.
Ce dernier est évidemment écorné, puisque l’Alliance démontre clairement en quoi les 30 publicités analysées contreviennent aux recommandations en matière de communication écologique… sans que le BVP qui a émis ces mêmes recommandations y trouve à redire.

L’exemple de Total m’a été fourni par ce site - même si j’ai évidemment pris mes propres sources, car l’Alliance oublie parfois de citer les siennes).

Retouvez 30 publicités décortiquées sur le site de l’Alliance

3 Responses to “Greenwashing : le vert est à la mode…”

  1. Cedric said:

    Pas toujours d’accord avec l’analyse de l’Alliance, mais leur boulot est intéressant !
    De ce que j’en vois en agence : le dev durable est de + en + présenté comme une démarche de fond. Pas la peine de communiquer sur des mesures de détail, il faut que ce soit une vraie stratégie d’entreprise.
    Monoprix est en train de faire des choses intéressantes - comme doper la part de ses transports en train VS route.
    Ensuite, je pense que les marques ne peuvent pas tout faire ; et que s’inscrire dans une vraie logique de dév durable implique un changement en profondeur de l’esprit du capitalisme. J’ai lu à cet sujet un article intéressant sur le boss de google.org, qui est en passe de devenir la première OMG du monde : http://www.ecrans.fr/L-empire-du-Bien,3325.html

  2. Gaël said:

    Merci pour ce commentaire !

    Effectivement, le développement durable ne peut être qu’une démarche de fond… mais contrairement à toi, j’ai vu justement passer, en agence, des entreprises qui souhaitent le beurre et l’argent du beurre : se refaire une beauté écologique, tout en n’acceptant pas de prendre ce virage de fond… ce qui mène à des incohérences flagrantes !

    Au mieux, c’est simplement un niveau de réflexion qui manque…
    …au pire, c’est fait en conscience, et ça devient de la manipulation volontaire.

    Un petit exemple au passage : dans le cadre de la nouvelle loi sur l’eau (censée appliquer un principe pollueur/payeur, donc clairement orientée développement durable), le Ministère de l’Environnement envisageait de réaliser une enquête auprès de tous les administrés… sous forme d’un questionnaire distribué dans les boîtes à lettre !
    On sait bien que le taux de retour d’un tel questionnaire - d’autant plus sur un sujet aussi pointu - ne dépasse pas les 1% quand on a de la chance.
    Je te laisse imaginer le gâchis de papier que cela représente…
    Alors non, les marques, les institutions ne peuvent pas tout faire, mais il y a déjà du boulot - même dans le ministère le plus concerné !

    Cela dit, totalement d’accord sur l’esprit du capitalisme, tant qu’on restera obsédés par la croissance, par le toujours plus de consommation, même avec de gros efforts chacuns, on voit mal comment on pourrait réellement réduire sérieusement notre impact environnemental…

  3. Cedric said:

    Ce que tu dis me remémore une campagne, il y a 4 mois, contre la déforestation : campagne d’affichage, naturellement… ^_^
    Heureusement, certaines entreprises commençent à adopter une approche plus “holistique”, et pas uniquement sur l’environnement. Tesco est assez en avance là-dessus : ils expliquent par exemple que s’ils arrivent à pratiquer des prix compétitifs sur des produits de qualité, c’est aussi parce qu’ils choisissent bien et “soignent” leurs fournisseurs. Je trouve ça intéressant, par rapport au militantisme hypocrite d’un E.Leclercq qui nous plonge en pleine schizophrénie consommateur VS citoyen.

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